Je vous parle aujourd’hui de l’article « L’amour comme on l’apprend à l’école hôtelière » qui est promu par le site FNAC.
Professeur d’amour à l’École hôtelière, Georges Romillat enseigne avec passion. Le temps aidant, il comprend qu’il aimerait fonder un petit foyer, à défaut d’un grand hôtel. C’est alors qu’il met la théorie en pratique et se lie avec l’une de ses étudiantes, Mariette, qui devient sa femme. Libérés tous deux de leurs obligations d’enseignement, chacun d’un côté différent de la barrière, ils fondent L’Hôtel du large. Leur union donne naissance à Sylvain, conçu dans la chambre 17, la famille s’agrandit, l’hôtel suit son ascension économiquement modeste, la banalité s’empare du quotidien, et le couple se dépassionne. Des « Trente Glorieuses » à la guerre d’Algérie, de Mai 68 aux années sida et à l’euro, la vie suit son cours. Seules les aventures de Sylvain, toujours nouvelles et recommencées, donnent un peu de piment à cette vie de petite province. « Sylvain était voué à déborder son père sur tous les plans possibles de la compréhension. Il était l’inimaginable ; il était l’inacceptable absolu. Pas un pas que Sylvain ne fasse qui ne soit hors des habitudes. La syntaxe elle-même a du mal à le suivre, à coups de poly-négations. » Sylvain devient la croix des Romillat. Et Sylvain invente toujours l’imprévisible…
Avec ses personnages si attachants et si proches, sa verve sensuelle qui manie tout autant l’ironie féroce que la tendresse, Jacques Jouet propose une passionnante réflexion sur l’absurdité du monde et la fragilité humaine. La pureté du style confère à cette savoureuse histoire familiale l’ampleur d’un grand roman littéraire. Extrait du livre :
1940 et la France défaite, Georges Romillat, sa mère et sa soeur Julie gagnèrent l’Anjou des origines paternelles afin d’y vivoter la tête dans les épaules. Toute la beauté de Romillat mère fut brûlée dans l’éducation des deux enfants. Sans doute aurait-elle pu s’y multiplier, mais Joséphine prenait tout ce qui arrive par l’anse de la seule virtualité catastrophique, chose qui use. La guerre passa, trop longue évidemment. La conjoncture bougeait avec une lenteur que nul ne pouvait apprécier sans désespoir. Et puis le beurre et le savon revinrent jouer leur rôle dans la toilette et la cuisine comme si de rien n’avait été.
À l’âge de quatorze ans (mais il en annonçait quinze), sans rien demander à personne, Georges quitta l’école et le domicile familial pour se placer en apprentissage dans un restaurant des Ponts-de-Cé, le Pot de Terre. Il commença par les lavages : la plonge et la salade, les boyaux du boudin quand on tuait le cochon. Deux mois plus tard, il savait sept plats de tradition. Le ragoût, la matelote de tanche, le civet de lièvre et sa liaison au sang, le civet bonne femme, le salmis de perdreaux, la perdrix aux choux et la gibelotte. C’était en pleine période de braconnage généralisé puisque l’état de guerre encore si proche interdisait les armes privatives. Gagnant la confiance du patron, il tâta des collets et, plus rarement, du fusil à un coup qu’on ne sortait que peu et lequel épaulant Georges n’était que maladroit, préférant de très loin, si l’on peut dire, la proximité des fourneaux. Quoiqu’on lui dît et répétât qu’il avait de qui tenir, il regardait avec défiance les apprêts de gâteaux et les entremets, qu’il n’arrivait pas même à goûter, aux moments cruciaux de la fabrication.
- Ça ne m’embête pas du tout, disait Joséphine, qui devait à la pâtisserie les meilleurs et les pires moments de son existence. Tu fais ta route à toi. Tu n’as de comptes à rendre à personne.
- Maman, regarde bien, en revanche…
Georges transmit à sa mère comment refaire du sang de lièvre avec des caillots, en les désagrégeant à la fourchette et les délayant dans un vin rouge épais. Bientôt, il apprit tout sur les abats et put s’acheter un vélo.
Jacques Jouet
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